ENTRETIEN AVEC THIERRY ROBBERECHT

Rencontre avec Thierry Robberecht, auteur du roman *Reborn, *publié aux éditions Mijade. Thierry Robberecht est avant tout un auteur de jeunesse. Il est aussi parolier de chansons, écrivain de textes illustrés suite à sa rencontre avec plusieurs dessinateurs. Il est né à Bruxelles en 1960, marié et père de deux enfants âgés de 14 et 20 ans. Ceux-ci sont parfois source d’inspiration. En 1993, il a remporté le prix de la Communauté Française lors du concours « Fureur de Lire » avec une nouvelle pour adulte. Ayant été remarqué alors par un éditeur, il s’est mis à rédiger des romans pour adolescents et préadolescents. Son premier roman de jeunesse, écrit en 1996, s’intitule « La disparition d’Hélène Althusser » et a été édité chez Casterman. Actuellement, il se rend souvent dans les écoles pour parler et répondre aux questions de ses lecteurs. Il vit toujours à Bruxelles et est sur le point de publier un nouveau livre de science-fiction. Ce mardi 17 mars, nous avons eu la chance d’accueillir cet écrivain belge dans nos classes de 3ème année. Il s’est prêté de bonne grâce à un jeu de questions-réponses. Nous avons essayé de retranscrire le plus fidèlement possible cette interview. *Que symbolise l’illustration de la 1ère de couverture ?* *Avez-vous eu votre mot à dire sur ce choix ? * *Thierry Robberecht : « *Cela symbolise une alvéole ; les maisons sur la planète Reborn sont construites sous cette forme. Cela fait référence aux ruches des abeilles. Je suis intéressé par le biomimétisme. Non, je n’ai pas vraiment eu mon mot à dire, c’est l’éditeur qui décide mais cette couverture me convient. » *D’où vous est venue l’inspiration pour rédiger ce roman ?* « Des faits mentionnés dans l’actualité : catastrophes naturelles (séisme, tornade, montée des eaux, etc.), des problèmes d’immigration et du fossé grandissant entre les pays pauvres et les pays riches. Pour créer les personnages, je m’inspire des gens que je rencontre au quotidien. » *Pourquoi l’histoire se déroule-t-elle dans un futur aussi proche ?* « Au départ, je ne pensais pas rédiger un roman de SF. Je voulais simplement aborder ces problématiques. Ensuite, j’ai envisagé leurs conséquences et rédigé un roman d’anticipation en situant les faits 50 ans plus tard. » *La SF est-elle votre seul thème de prédilection ? * « Non, j’ai écrit des romans policiers parus aux Editions Syros. Le prochain roman qui paraîtra ces jours-ci est un livre de SF intitulé Memo657. Il comportera aussi une intrigue policière. » *Pourquoi avoir utilisé la résine comme matériel de construction ?* « Pour évoquer une société futuriste, j’ai choisi des matériaux innovants. » *Pourquoi Reborn possède-t-elle deux soleils et pas de lune ?* *« *La SF nous plonge dans un univers radicalement différent de ce que nous connaissons. » *Y a-t-il des similitudes entre votre vécu et cette histoire ? Si oui, lesquelles ?* « Non. Comme je l’ai dit précédemment, ce sont les faits d’actualité qui m’ont inspiré. » *Pourquoi avoir appelé cette planète « Reborn » ?* « C’est un mot inventé faisant allusion au verbe anglais «to born » qui signifie naître et j’ai ajouté le préfixe français « re » pour donner une impression de renouveau. » *Quelles sont les mises en garde que vous souhaitiez évoquer ?* « Je n’ai pas cherché à faire de mise en garde. Mais j’aimerais qu’il y ait davantage d’acceptation des différences. » *Avez-vous voulu attirer l’attention de vos jeunes lecteurs sur les problèmes actuels d’immigration ?* « Oui, j’attends des jeunes qu’ils changent la politique répressive à l’égard des immigrants. » *Est-ce que les parents de Chuong vont revenir sur Reborn ?* « Chacun est libre d’envisager la fin. Il n’y aura pas de suite. » *Pour quel personnage de ce roman avez-vous le plus d’affinité ?* *« *Pour Richard, le SDF car je me rends compte qu’un AVC comme j’ai eu peut bouleverser une existence. J’aurais pu me retrouver à la rue comme lui mais heureusement ma famille m’a soutenu et je peux continuer à travailler. » *Quel est le travail préliminaire à la rédaction ?* « Se documenter sur les nouvelles technologies, lire la presse. Je prends également beaucoup de notes dans le carnet que j’ai toujours sur moi. Lorsque je rédige, je passe énormément de temps à la relecture et à la correction. » *Avez-vous reçu des propositions d’adaptation cinématographique pour l’un ou l’autre de vos livres ?* « Non, mais ça ne m’intéresse pas. Les romans sont plus riches que les films. Je serais très inquiet que mon livre soit adapté au cinéma car j’aurais peur que le producteur du film change des passages du livre ou enlève des détails importants de celui-ci et que l’idée principale soit oubliée. Et en plus je me prendrai un peu pour une star. Le seul point positif est que je gagnerais beaucoup d’argent. » *Comment vous est venue l’envie d’écrire ?* « Je réalise un rêve d’enfant, j’ai toujours aimé lire et écrire. » * Quel auteur appréciiez-vous à notre âge ?* « Jules Verne ! » *Quels conseils d’écriture pouvez-vous nous donner ?* « Pour bien écrire une histoire, il faut observer le monde qui nous entoure, prendre des notes et ne pas avoir peur de ses émotions. On doit y penser en permanence et se relire. » *Quels sont les autres domaines pour lesquels vous écrivez ?* « J’écris des chansons, des BD et des livres illustrés, mais je préfère les romans. » *Combien de temps vous a pris la rédaction de ce roman ?* Pour écrire un livre comme celui-ci, il me faut environ un an en comptant les corrections. Ce sont les corrections qui prennent le plus de temps car il y a toujours des choses à améliorer, à arranger, à changer, à ajouter… *Vous êtes-vous inspiré ou renseigné sur le thème de la science-fiction avant d’écrire votre livre ?* Je m’appuie toujours sur ce que j’ai vécu pour écrire un livre. Mais, je me documente aussi, je collecte beaucoup d’informations avant de me lancer dans l’écriture d’un roman afin d’avoir ainsi une quantité de choses à écrire et ne pas me retrouver sans imagination face à la feuille blanche. Je parle de mes peurs, de mes souffrances, de mon expérience afin de ne jamais tomber en panne d’inspiration. *Aimeriez-vous vivre sur la planète Reborn ?* Non, je suis très bien sur Terre et je n’ai pas spécialement envie de partir car je devrais me détacher de ce monde même s’il connaît beaucoup d’horreurs. Moi, à Bruxelles, je vis très bien, et, contrairement à d’autres, je ne « survis » pas. *Pensez-vous que l’univers que vous avez inventé puisse exister un jour ?* J’espère que non car j’y ai intégré des événements catastrophiques (climatiques). J’espère que l’on n’arrivera jamais à cela ! *Quelles intentions, quel message voulez-vous faire passer dans vos récits ?* « Reborn » est le seul livre dans lequel il y a un message. A la base, je voulais parler des immigrants d’Afrique du Nord qui passent par la Méditerranée. Parler de ces tentatives de traversée de la mer m’obligeraient à faire au moins un voyage avec eux. C’est difficilement envisageable. Si j’écris mes récits dans le présent, je ne peux rien inventer, je dois décrire la réalité. Mais comme j’écris dans le futur, plus rien ne peut me contredire. Le message de « Reborn » est que l’on devrait davantage laisser les immigrants entrer dans nos pays puisque la vie y est plus facile. Etant de futurs hommes et femmes politiques, c’est à vous les jeunes de faire changer les choses. *Etes-vous fier du livre « Reborn » ?* J’ai toujours une angoisse lorsque je vais dans les écoles car parfois le professeur demande à un élève de lire un passage de mon livre, ça me fait très plaisir mais c’est à ce moment-là que je vois toutes les fautes qui ont été faites. Je pourrais les corriger si je le voulais mais je n’ai pas envie. Donc non je n’en suis pas très fier. Mais j’aime quand même venir dans les écoles. *Vous êtes-vous inspiré de quelqu’un, d’une connaissance pour élaborer vos personnages ? * Pour construire les personnages de mes livres, je m’inspire de personnes que je rencontre dans la rue mais aussi de personnes plus proches de moi. Mes enfants m’aident beaucoup à imaginer mes héros : je m’inspire d’anecdotes. *A quel âge avez-vous commencé à écrire et depuis combien de temps écrivez-vous?* J’ai commencé à écrire de petites histoires vers 14-15 ans mais j’ai vraiment commencé à écrire des romans depuis que j’ai gagné un concours en 1993, à l’âge de 32 ans. *Quelle est votre profession principale ?* Je suis écrivain à temps plein. Le matin, j’écris car c’est le seul moment où j’ai encore les idées en place. Parfois, l’après-midi, je me rends dans des écoles pour répondre aux questions des étudiants et donner d’éventuels conseils pour les futurs écrivains. *Pourriez-vous nous parler de votre prochain roman, qui sort ces jours-ci aux éditions Mijade ?* « C’est aussi un roman de SF avec une énigme et un SDF. Ce livre fait référence aux nouvelles technologies de communication. » *Pour les curieux, avides de nouveautés…* « MEMO657 » de Thierry Robberecht 2028, Californie. Le collège de Palo Alto forme l’élite de la société – des jeunes qui, à la sortie de l’école, seront appelés à des postes élevés. Harold, un ancien élève du collège devenu conseiller du président des États-Unis, disparaît dans un crash d’avion. Jonas et Jeff reçoivent d’étranges messages de celui qui est censé être mort: « Ouvrir, sur le serveur du collège, le fichier Memo657 ». Lorsque Jeff disparaît à son tour, Jonas pénètre dans le serveur et ouvre Memo657: c’est le film de ses souvenirs, plus loin, les souvenirs de ses amis. Quand il retrouve Jeff blessé, avec des fils électriques qui sortent de ses bras, Jonas comprend qu’il est lui aussi un androïde, configuré pour jouer d’influence auprès des riches et des puissants. Jonas tente d’échapper à sa programmation… Collection : Zone J • Prix : 7,00 euros • ISBN : 978-2-87423-049-3 *AVIS DE Thierry Robberecht sur les productions des élèves en l’Institut Saint-André :* La plupart des textes sont agréables à lire et comportent de bonnes idées. Le défaut des textes est souvent identique. Le lecteur se trouve éloigné de ce qui se passe. Tout est raconté très froidement. J’aimerais (comme lecteur) me trouver au centre de l’action et non en être éloigné par le récit d’un grand-père (même si le dialogue est plaisant). Un transhumain, par exemple, j’aimerais que les personnages soient directement confrontés à cette chose que, personnellement, je ne fréquente pas. A quoi ressemble-t-il ? Comment s’exprime-t-il ? C’est quoi un transhumain au final ?